L’Homme est un chasseur invétéré. Il excelle au ciblage. Incapable de rivaliser à la course à pied avec bon nombre de mammifères, il opta pour l’endurance, fatigant ainsi sa proie à une mort certaine, essoufflée qu’elle était, ayant oublié par mégarde évolutive d’effacer ses pas qui la trahissaient tout au long de sa poursuite. Même invisible, son chasseur la suivait donc à la trace, lecture prémonitoire de nos signes et symboles, future civilisation de l’écrit. Suffoquant, bavant, voyant flou, l’animal attendait fataliste sa réincarnation en gibier, mets de jouissance et de communion.

La cible récente est devenue diffuse et invisible à l’œil nu, de quoi en décontenancer plus d’un, d’autant plus que ses prédécesseurs ont parfois une réputation de tueurs en série à haut rendement. Souvenons-nous de la grippe de 1918 et de ses plus de 50 millions de morts. Nous aurions voulu mieux faire durant le premier conflit mondial que nous n’aurions pu, sonnant les cloches du rappel que la « bactériologique » ou sa cousine « virale » sont des guerres perdues d’avance pour les deux adversaires…

La stratégie à adopter n’est donc plus frontale car vaine, mais qui l’eut cru, englobante comme au jeu de Go. Le premier coup assené, une fois conscientisé, doit être amorti, accompagné dans la durée avec souplesse et persévérance. Rien ne sert de courir, en effet, il faut partir à point ; laissant ainsi couler l’eau purifiante sur nos mains vectrices du mal. Comme si par hyperbole, notre génial auteur nous avait envoyé ce message subliminal au travers des siècles.

L’Homme excelle également dans l’outillage. Soyons clair, chez lui c’est une obsession consubstantielle : je pense donc j’outille. Qu’il soit matériel ou mental, les deux étant intimement liés, l’outils est l’extension psychosomatique de son fabriquant : le briser est en quelque sorte endolorir un membre que l’on a perdu. Grâce à lui et à l’intelligence de son concepteur, le virus est devenu visible directement et non plus uniquement par les symptômes de ses porteurs.

Nous pouvons le peser, le mesurer, évaluer ses performances, le connaître sous toutes ses coutures, mais également comprendre que l’ensemble de ces individus minuscules forme une société, un système qu’il faut combattre comme tel. Nous pouvons mieux gérer son inévitable propagation à l’aide d’une logistique, d’une organisation et d’une coordination des milieux médicaux et scientifiques, dont la tâche est de diluer le diffus dans le temps, diminuant fortement sa létalité.

Ce sont donc deux systèmes qui s’allient. Un système vivant agressé qui utilise un système inerte, cet outillage multi tâches, performance jouissive de l’Homo sapiens, comme clef de voûte de la résistance contre l’intru malfaisant. Le tout est de diluer dans le temps une propagation représentée par une aire incompressible, mais aplatie, évitant ainsi toute éruption trop mortelle et permettant au système de garder la tête hors de cette eau virale. Celle-ci finira bien, comme toute aire finie, par se dissiper, faisant un nombre de victimes limité.

Si les règles du jeu ont quelques peu changé au fil des millénaires, car nous ne poursuivons plus de proie mais nous absorbons un système intrusif, nous conservons le même état d’esprit qui nous est propre, la persévérance, cette mentalité de marathonien qui nous aide à surpasser les épreuves décisives.