Ce titre fait référence à “USS Alabama” sorti en 1995, littéralement “Marée cramoisie”, qui fut traduit au Canada par “Marée rouge”. Un long périple linguistique, dont je laisserai le lecteur juge, tant le défi de traduire l’esprit d’une histoire aussi dense relève d’une jonglerie mentale d’image d’une mer vomissant, qui fut l’enjeu de deux personnalités totalement opposées.

Nos deux héros s’opposent en effet à tout point de vue, tant physiquement, psychologiquement que socialement. Gene Hackman, vieux loup depuis plus de 20 ans et un mariage épuisé, Commandant du bâtiment, entend bien faire appliquer l’ordre venu d’en haut, fut-il interrompu. Il le dit de lui-même, il est “primaire”, paradoxe humain d’un homme qui vogue dans une opulence technologique à faire pâlir n’importe quelle primate, fut-il admirateur de bâtiment marin. Denzel Washington, le Commandant en Second, quant à lui, marié deux enfants et un chien, famille idéale donc, se veut posé, et quand bien même il réussi l’examen d’immersion par l’absence de tout commentaire obséquieux lors de la plongée (l’épisode du cigare…), la nature ne tarda point à revenir par hublot imaginaire. Notre Second est un intellectuel qui réfléchi avant de passer à l’acte, il aime s’écouter parler.

Le décors est presque posé lorsque soudain un subtile détail me titillant l’esprit hors de ce capharnaüm inaudible d’information en continu, me sert en hors-d’œuvre une opposition historique inversée que nous suggère avec malice ce duo: notre intellectuel est noir alors que notre primaire est blanc, prenant ainsi par surprise un téléspectateur habitué au contraire depuis la nuit des temps. Mais l’acmé de cet enjeux plus profond surgit à la fin de ce drame. Le Commandant, donc le blanc, reconnaît les qualités de leader de son Second, le noir, et le recommande à ses supérieurs pour sa succession, demande que les juges entérinent aussitôt. Tout un programme…

Le années passent. Nous sommes en 2008, débâcle, Bérézina version crise financière pour les nuls. Soudain par une diversion inattendue mais forcément préchauffée, notre intellectuel refait surface après treize ans d’apnée, mais sans cigare. Et le revoilà qui nous tient en otage par d’interminables discours sur les choses du monde, à Whashington, rien à voir avec Denzel, toute ressemblance étant fortuite. Il exprime ses émotion, sa tendresse, verse des larmes, les siennes, bref un émotif en haut de forme. Et pour ce qui est du monologue je vous laisse seul juge… La comparaison aurait pu s’arrêter là, mais pourquoi donc se faire souffrance en si bon chemin, alors que le plus succulent est à venir; il n’y a cas suivre le titre!

Nous sommes en 2016, la roue a tourné, non pour notre intellectuel grisonnant par les interminables monologues (ou peut-être le cigare?), car sa chaise était pré-éjectable, mais pour un système bien huilé. Notre héros a néanmoins du ressentiment en quittant le perron, car il eut préféré baiser la main d’Hillary que de serrer virilement la main manucurée de notre dernier personnage, dont la tignasse est aux antipodes de notre Commandant sous-marinier, je vous le concède très volontiers. En revanche pour son côté primaire… mais que lecteur ne s’y trompe pas, ce n’est pas vers la marée sanguine que je vais l’emmener. Il n’aura donc pas droit à une critique en règle. Point de hurlement avec la meute pour ma part, où risque minimum et rendement maximum sont légions dans cette littérature lénifiante, transfert subreptice du caractère primaire ou quand la morale devient perversion. Nenni, pour cet exercice où l’outrecuidance chatouille les rayons solaires, je propose aux lecteurs engagés d’en rester à cette phrase.

Continuons donc avec les autres.

L’inversion survient sur l’ordre chronologique: le jeune part, le vieux arrive. Le primaire, alors au zénith de sa vie, n’a donc pas l’occasion de céder sa place l’estomac plein au jeune partant, dont l’avenir est encore devant lui. Il est non seulement son opposé magnifiant ainsi la prophétie de cette marée tragique, mais en revanche en contradiction avec son prédécesseur distordant ainsi leur relation. Nous n’imaginons pas en effet un Commandant plus jeune que son Second dans ce transfuge conflictuel où se joue l’avenir de la race humaine. Une chose à la fois, s’il-vous-plaît. Et Barack d’obséder Donald, ce dernier cherchant fébrilement une porte de sortie, habité qu’il est par les agissements supposés son prédécesseur, qui entretemps a troqué le sous-marin par le sport nautique, sublimant ainsi une liberté retrouvée. Donald ne pourra pas en faire autant… la messe est dite. Il croit devoir agir dans la précipitation rattrapant ainsi un retard imaginaire. Le meilleur est pourtant devant lui, à sa porte. Il lui suffirait alors de demander conseil au jeune, contre-pied, qui, quelque soit la réaction de son prédécesseur, serait libératrice d’une geôle qui enferme notre second-primaire- devenu-commandant dans d’un drame futile et pervers.

Les rumeurs nous le rappellent tous les jours, politique et pragmatisme fond bon ménage. La force d’un Homme est de faire abstraction de ces pies susurrantes, particulièrement de celles qui viennent de nulle part. Monsieur Trump pourra-t-il passer ce bizutage ou allons-nous assister béat à un mandat d’une campagne inachevée? Avenir, ô Avenir!