Game of Thrones

Il serait plus simple de comptabiliser les gens qui n’ont pas, ne serait-ce d’une ondulette sonore, entendu souffler de la série du siècle, l’imprononçable “Trône de Fer”. Il se trouve que l’acronyme anglais a une portée toute germano-symbolique, sublime moyen mnémotechnique que ne rend pas le français.

Tout le monde a un avis sur l’œuvre et, par sympathie et manque totale d’originalité, je propose au lecteur ce chemin balisé par tant d’autres avant moi, sans parler des viennent ensuite.

C’est une analyse et non un commentaire sur le film. J’y invite le lecteur à se plonger dans cette histoire qui me passionne, parfois en le provoquant; c’est de bon usage.

Je réduirai néanmoins mon analyse aux survivants du dernier épisode de la dernière saison, début d’un hiver prometteur, où l’ultime vérité devrait finalement nous être révélée, suprême apocalypse dont seules nos attentes démesurées pourraient réduire en peau de chagrin. Le final devrait se passer sur le théâtre westerossien à en croire la convergence de tous nos personnages, ne manquant que le chef des Puïnés, mis en garnison par sa Reine des Dragons, mais que rien n’empêcherait de réapparaître emmitouflé lors d’un inattendu blizzard. La Banque de Fer quant à elle, comme au Monopoly, devrait tirer de juteux bénéfice des guerres à venir… A voir donc.

Le contexte devient tendu. A force de guerroyer et de comploter la démographie westerossienne est sur le déclin. A cela s’ajoute une densité de soldats, population non productive, à son apogée, qui plus est, en attente de l’arrivée d’une armée supplémentaire de mercenaires que l’île devra nourrir, tout cela sur un continent où le rendement de la terre ira en diminuant par un hivers long, vigoureux et envahissant. Densité, tarissement des récoltes et tension démographique forment le cocktail explosif suite auquel les survivants devront s’adapter où trépasser. La lutte aveugle pour le pouvoir et la survie résulte d’organismes tant corporels que sociaux sur l’extrême défensive, les choix devenant cornéliens irréversibles, cristallisant ainsi une apothéose inéluctable.

Deux esprits s’opposent à l’aune de cette rupture. Les conservateurs qui, même témoins de l’improbable, n’ont de cesse de vouloir maintenir l’ordre établi dont ils sont évidemment pleinement bénéficiaires. Ils expriment par la raideur de leur nuque une apathie quasi existentielle. Westeros est ce qu’ils croyaient qu’elle fût depuis toujours. Cersei, reine d’un tombeau infantile, mère sans nom car survivante de tous ses rejetons et dont la venue de l’ultime enfant est tout aussi improbable que ne l’était celle les dragons, joue à merveille ce rôle de fin de cycle. La fuite de son frère-amant, vécue comme un abandon et l’alliance avec le nouveau roi des Îles de Fer, vécu comme un fatalisme, sonne le glas d’une famille dont la puissance se puisait dans le minerai aurifère et la dette… Les progressistes, quant à eux, prennent conscience d’un changement (d’une révolution?), dont il ne saisissent pas encore toute la portée. Comme de coutume, c’est par décalage temporel que ce réveillent et se conceptualisent les décisions du passé. Les conservateurs nous semblent souffrir de procrastination, fixant les calendes grecques comme refuge expiatoire, alors que les progressistes-révolutionnaires, inaudibles, doivent s’exiler afin de réaliser un rêve dont ils ne saisissent pas encore tout son potentiel.

Mais je m’égare… Car avant les Hommes il y a les muets dont la présence et le réseau nordien, Intenet médiéval, nous révèlent à chacune de leur intervention, leur centralité dans cette Histoire dont ils sont dépositaires. Témoins sans âge de la préhistoire à nos jours, ils portent sur eux les stigmates des habitants de Westeros et de leur île sainte, souvenirs apparents de leur tribulations, comme si au passage, seuls les malheurs méritaient témoignage… Cette triste mine serait-elle l’expression d’une dystopie, d’un avertissement de tribulations à venir ou d’un médiocre résultat comptable, fruit asséché d’un paradis perdu? Dans tous les cas, à l’arrivée de Bran, le maître qui l’attendait entrelacé dans ses racines royales, centre névralgique du savoir, nous révèle la profondeur de ce surnaturel: car cette arbre géant git au sommet d’une colline enneigée illuminant son entourage. Bran est venu pour apprendre et cet arbre nous paraît soudainement comme celui de la Connaissance. Non celle d’être nu, Bran en est bien conscient, mais celle d’autrefois, du présent, en tout lieu. Le réseau arboricole formé de trois nœuds dans un axe Nord-Sud nous indique la boussole, celle de la droiture, de la justice et de l’équilibre sur Westeros. Un axe qui passe le mur horizontal, transcendant ainsi les valeurs binaires du froid et du chaud. Non que la tiédeur serait le bien-être soluble dans un mélange climatique tempéré, car l’axe nord-sud passe bien au-dessus et non au travers de cette résistance glacée qui finit paradoxalement par fondre à la venue des Marcheurs blancs. La croix vue du ciel se transforme en effet en figure géométrique tridimensionnelle quand elle est comprise depuis le sol, comme un réseau routier dont l’un des axes passerait au-dessus de l’autre. Le relativisme est également de mise quant à la pensée de l’au-delà: l’esprit des sudistes est concentré en direction du Nord, fruit de la peur de l’autre, alors que le flux spirituel suit le chemin inverse! C’est la compréhension et encore plus son acceptation qui rend le tragique plus saisissant. Le Nord symbolise la peur alors que le chemin vers le midi balise la prise de conscience d’une société qui, en perte de repères, se cherche un nouveau sens à son existence.

Un personnage énigmatique, qui n’apparait que peu souvent et dont la patience est plus qu’une vertu, est le Roi des Marcheurs blancs. Sans trône, accompagné de ses soldats inépuisables et sans conscience, ils marchent inéluctablement vers le Sud sur le chemin du flux spirituel, altérant la traçabilité du flux arboricole, car du Nord viennent visibles les Marcheurs blancs et invisible le projet d’une nouvelle société.

Cet ancien homme devenu roi dans la souffrance et malgré lui prend sa revanche, du moins il est perçu comme tel. Il n’a de cesse d’accroître son armée -dont une des faiblesses est l’absence d’initiative- de la moderniser avec l’acquisition d’un dragon lui donnant le contrôle du moins partiel de l’espace aérien. (Il est au passage original de constater le caractère moderne de ces guerres où cet espace aérien, même réduit à quelques unités, est un élément clef des stratégies militaires.) Une autre faiblesse de cette armée des morts est leur phobie de l’eau, répondant absent à toute occupation maritime limitant ainsi tout encerclement et siège durable de place forte portuaire telle que Port Réal. Mais le Rois des Marcheurs blancs compte évidemment sur un renouvellement de son armée par les tués ennemis, qui inlassablement, sous son pourvoir de conversion, deviennent fantassins loyaux avec l’instinct de tuer tout homme vivant. Si le Maître de la Lumière ressuscite les morts qui réintègrent leur conscience et leur histoire, en un mot leur humanité, il va sans dire que le Roi des Marcheurs blancs, loin d’atteindre une telle qualité, dépassent de loin son compétiteur igné sur la quantité…

Je m’arrête un instant sur cette conversion, aptitude tant mythique que théâtrale, ayant en mémoire ces deux bras levés comme une victoire et, tel un chef d’orchestre, se faisant lever ces corps inanimés, à la grande satisfaction de leur créateur, Rois des Marcheurs blancs et à la grande désillusion des rescapés de cette bataille, sorte de Dunkerque mythifié.

Si cette aptitude devaient se déployer avec plus de force et à plus grande distance, la stratégie du Roi des Marcheurs blancs pourrait se concentrer sur une famine généralisée dont nous voyons les prémisses hivernales, augmentant exponentiellement le nombre de fantassins en diminuant la résistance à sa plus simple expression d’un cri de détresse et d’abandon. Imaginez, derrière les remparts de Port-Réal les morts de faim se lever sous le souffle de leur nouveau Roi, libérés de toutes contraintes matérielles, attaquant et dévorant tout sur leur passage. Ce n’est plus une cinquième colonne, mais son exponentielle!

Si ces élucubrations philosophiques sur un axe spirituelo-social et stratégique sont de très loin l’occupation de ces mort-vivants, là n’est pas le soucis de notre Roi qui se suffit à lui seul pour saisir le sens de cette histoire. Car si on peut lui attribuer une soif de vengeance, alors c’est lui reconnaitre une sentiment humain, rendant le personnage plus énigmatique encore. Et si la nudité lui est acquise, habillé qu’il est en chef de guerre, sa connaissance est de loin supérieure à celle de ses congénères de sang chauds.

Nous y voilà donc. Notre Roi des glaces, homme pénétré de Verredragon, par sa connaissance, son histoire antique, personnifie cette force de réaction, sorte de poussée d’Archimède mentale, qui permet cette genèse de la future société westérosienne, en poussant ses habitants dans leur retranchement idéologique et à sortir de leurs buissons fanés. Si l’Arbre Roi en est l’instigateur, le Roi des Morts en est bien le détonateur.

Deux étapes ont été franchies dans cette prise de consciences naissante, qui au demeurant, n’est dans l’esprit que de quelques uns. Tout d’abord le rappel au Sud que les Sauvageons ne sont pas différents mais bien de même origine, avec quelques variations génétiques et culturelles saillantes… une réunification qui coûta au passage une résurrection attendue de notre Targaryen-qui-s’ignore. Si les sauvageons sont de même nature et de même origine, il en va de même pour tous les habitants de Westeros, dont les différences perçues jusqu’alors sont très en-deçà de celle d’avec les Sauvageons. Effet de base cognitif, qui au passage de l’axe Nord-Sud par dessus le mur, réalise cette prise de conscience certes douloureuse mais nécessaire pour tous ses habitants, formant ainsi l’unité perdue depuis l’Antiquité.

A l’examen de l’évidence, en rappelant ici la preuve transportée à dos de dragon puis par bateau, il y a cette deuxième étape, psychodrame de notre histoire, qu’est l’inutilité des guerres rendant caduc le jeu des alliances, la noblesse établie et la perception même du trône de la capital, Port-Réal, comme ciment social de l’île-continent.

Si les conservateurs s’agrippent à leur totem, le départ de Jaime, symbolise la transition dont la conséquence sera ce nouvel ordre westerosien encore inconnu. Et vogue le navire.

Passons maintenant à Bran. Il est un des élus. Il connaît qu’il est la corneille à trois yeux, asymétrie témoin de surnaturel, lui donnant pouvoir d’une relative omniscience. Coût de l’opération, une paraplégie qui le guidera finalement sur l’essentiel de sa mission. Il ne marchera plus mais il pourra voler. Entendez par là, un vol spatio-temporel connecté au réseau arboricole. Sa paraplégie est ontologique: il appartient à ce réseau, c’est son destin. Il est celui qui instruit, et pour cela il doit apprendre des erreurs de son prédécesseur; car la connaissance mal diffusée peu s’avérer totalement contre-productive, en témoigne l’expérience faite avec le Roi fou. Le destin de Westeros repose donc sur les épaules d’un adolescent paralysé qui devra informer à qui de droit la réelle filiation de Jon qui s’est amouraché de Daenerys Targaryen. Sans parler des retrouvailles avec Jaime, qui le poussa par la fenêtre de la tour. Ambiance…

Et que dire de Samwell Tarly (Sam le bon), antithèse de l’historique Oliver Cromwell représenté par son père Randyll, homme puritain, militaire borné et cruel. C’est son ouverture d’esprit, se concrétisant par une union avec la Sauvageonne Ver, et son amitié avec Jon le bâtard, qui l’amènera à partir pour le Sud -encore lui- afin de réaliser son rêve, celui de la connaissance par le livre. Il y fera deux découvertes essentielles: celle du minerai de Verredragon (obsidienne) et l’enregistrement du mariage d’Aegon avec Lyanna, faisant de Jon le successeur légitime du trône. Guérisseur de Jorah Mormont, il symbolise la connaissance par l’étude et le travail, complément indispensable à la mission de Bran. Il est remarquable que tous deux ont un handicape physique les excluant de facto d’un rôle de dirigeant dans le monde d’aujourd’hui, mais puisant leur force dans la connaissance comme richesse absolue pour l’architecture du monde de demain.

“Quand le bâtard est Roi”. Peut-être le titre du prochaine épisode? Mélancolique d’une mère fantôme, qui plus est de basse souche, notre futur candidat au trône puise toute son énergie et sa vertu de l’ignorance de ses vraies racines. Non qu’il ne démérite pas de ces attributs, bien au contraire, mais le combat qu’il mène au-delà du mur, sa détermination, sa droiture et sa volonté de réunir des populations ennemis contre un mal imminent, sont nourries par ce rêve de cet enfant abandonné: créer la famille qu’il n’a pas eu et dépasser la douce haine de sa belle-mère-qui-ne-l’était-pas.

Jon, au-delà de sa bâtardise préconçue, est dit des femmes charmant mais un peu trop “petit”. Dépassant l’insatisfaction légendaire de ces dames -les plus sages d’entre elles l’admettant volontiers- cette petitesse physique et sociale, nous rappelle que l’essentiel est ailleurs et que la vérité, pour qu’elle conserve son authenticité, doit attendre une certaine maturation pour être reçue et acceptée tant par la foule que par son géniteur. Jon Snow ayant consommé avec Daenerys dans l’ignorance la plus absolue est maintenant prêt à recevoir le verdict sur sa personne. L’ironie est dans cet acte traditionnel de consommation consanguine mais qui, par cette ignorance, pourrait en sonner le glas.

Quand on prononce le mot “petit” c’est évidemment à Thyrion que l’on pense. Dès le début il interroge sur sa personnalité et le rôle qu’il a dans cette histoire à rebondissements. C’est tout d’abord un paradoxe: il est d’autant plus naïf sur ses propres sentiments qu’il est défiant sur ceux d’autrui. Recevant quotidiennement outrage et vexation, il n’hésite aucunement à gifler son pervers de neveu pourtant destiné au trône. Reconnu pour ses talents dans la gestion du royaume par son propre père, las des frivolités de son fils aîné, Thyrion se découvre un amour pour la politique et le théâtre. Son habileté et son empathie lui donnent une capacité de survie où le commun des mortels aurait trépassé depuis belles heurettes. Thyrion exprime à merveille le mélange de ces deux traits de caractère par la question qui fait baisser d’un cran la tension en ramenant les différents par l’épée au dialogue, où bien-sûr il excelle: “Que veux-tu?”. L’air de rien, il reconnaît chez l’autre, même ennemi, son existence propre et son libre arbitre lui permettant ainsi de reprendre souffle avant de passer à une deuxième question ou à une proposition consensuelle. Véritable apôtre de la tolérance il sillonne les deux îles prêchant un relationnel basé sur l’écoute et l’ouverture. Il n’est pas religieux, n’appartient à aucune congrégation ou fraternité, mais à sa manière il distille (c’est le cas de le dire…) un message de paix.

Passons maintenant à Varis, un homme qui s’est fait lui-même, parti de rien, mais dont l’ascension sociale lui coûta les parties. Les chuchotements le rendirent rationaliste et méfiant au regard des spiritualités et des vérités transcendantes, qui il est vrai sont peu enclines à l’écoute. Il est le véritable Mestre de la citadelle Westeros, mais sans les chaînes qui le lient à une unité géographique particulière et partageant maintes valeurs avec Thyrion, il agit de manière à guider ce dernier dans la bonne direction.

Arrêtons nous un instant dans ce défilé de personnalités. Elles ont toutes en commun un manque, une insuffisance, une diminution, et pourtant elles ont leur rôle dans l’avenir de Westeros et de ses habitants. Toutes ont une profonde détermination à atteindre un objectif commun de transformation et d’élévation d’une société menacée par le Roi des Marcheurs blancs. Cette menace est pour nos protagonistes l’opportunité d’une révolution. Ils forment une communauté par la confiance et le respect qu’ils partagent, insatisfaits qu’ils sont de l’injustice qui règne sur Westeros.

Et la Garde de Nuit? Quelle est son rôle? Cette Légion Etrangère d’un autre âge où hommes de tout milieu social se mélangent est devenu une prison à ciel ouvert où sont envoyés criminels et victimes du système. Seules les expéditions au-delà du mur pour chasser du Sauvageon semblent encore un instant cimenter cette garde devenue insignifiante aux yeux du Sud. La défaillance à défendre le mur reflète celle d’un système en déclin tant la surdité du pouvoir westerosien est le fruit d’un pathos généralisé. Les préoccupations sont ailleurs et c’est au prix du mur et d’un dragon que les esprits se réveillent enfin.

Passons à présent au chapitre “religion”. Une digression? Que nenni.Il n’aura échappé à nul d’entre vous que Westeros est le théâtre d’une guerre larvée.

La religion d’Etat tout d’abord concomitante avec le pouvoir, régule la soif spirituelle, applique le régime matrimonial et participe au maintien de la pyramide sociale. Cette religion est polythéiste et son panthéon est formé de deux familles chronologiques, les nouveaux et les anciens dieux.

Ensuite nous avons les religions en dissidence avec le pouvoir royal. Le Maître de la lumière, avec de réel pouvoirs magiques, est représenté par des prêtresses et des guérisseurs. Sans être eschatologique, elles prêchent le dessein non révélé de la divinité dont le feu purificateur est le modus opérande le plus saillant. Cette religion a de forts traits monothéistes et ses pratiques s’assimilent à l’adage “la fin justifie les moyens” à la différence que cette fin-là est inconnue, désinhibant ainsi toute pulsion ignée. A l’opposé, nous fûmes les témoins d’une résurrection, au demeurant initiée par Davos et non par la prêtresse Mélisandre, faut-il le rappeler, tout en maintenant un ratio morts ressuscités très en faveur des premiers…

La divinité bicéphale constituée du Père et de la Mère, qui prétend à la genèse d’une société plus égalitaire, basé sur la justice et la repentance. Les prêtres et plus spécialement le Grand Moineau, centralise le pouvoir sacerdotal et spirituel, rôle au demeurant jouissif qu’exprime de grandes frustrations du passé, particulièrement envers certaines pratiques sexuelles…

Le dieu multi faces, dont la pratique est l’homicide sur contrat. Véritable tueurs à gage, les “prêtres” dotés d’un don de transformation physique par la seule apposition du visage d’un tué sur le leur, transmettent la tradition et enrichissent leur tableau de chasse par le meurtre. Cette religion a bien plus d’une maffia agissant en coulisse, se nourrissant de facies épelés de leurs victimes pour sa survie.

Ces religions exprimant une incompatibilités viscérale l’une envers l’autre ne proposent aucune solution à l’imminence du danger. Elles émettent un bruit sociopolitique permanent tirant les marrons du feu à chaque occasion. A l’exception du Grand Moineaux soutenu par une garde rapprochée de fanatiques, si leur pouvoir surnaturel rendent leurs adeptes physiquement surhumain, leur aveuglement est en revanche remarquable. Elles suivent le vent alors qu’il faudrait l’affronter. Leur incapacité à convaincre de décisions impopulaires

(la décision de Jon d’intégrer les Sauvageons ne sont pas d’ordre matériel ni spirituel et n’est pas soutenue par une classe sociale particulière, elle est d’ordre existentielle, basée sur la confiance et un objectif énoncé sur des faits et non sur une géométrie variable, )

met en évidence: la centralité du réseau arboricole actionné par Bran qui absorbe la Connaissance afin de guider au mieux les intervenants en qui il a confiance, la tolérance de Thyrion s’efforçant à mener les Hommes au dialogue plutôt qu’à la guerre et l’alliance de Jon entre communautés préconçues comme opposées.

Pour brosser un tableau plus complet et plus équilibré, il est une opposition constante dans cette histoire comme véritable fil rouge mental: la rationalité et la croyance. Les Grands de Westeros ne croient pas. Sont-ils dans pêché? La réponse en vaut le détour.

Des cinq, aucun ne croyait jusqu’au moment où ils virent. Paradoxalement leur incrédulité à toute légende, héritage d’une clairvoyance sociale bien réelle, fonde leur force et leur volonté à faire face au vrai problème, l’injustice sur Westeros, le Rois des Marcheurs blancs en étant le défi. Par ailleurs qui pourrait prétendre une quelconque iniquité ce de roi-là? Il veut imposer son royaume, est-ce bien-là un pécher? La sourde vacuité de Westeros lui offre sa place, pourquoi devrait-il y renoncer? Si pour les vivants il est le roi des morts, l’inverse est vrai également. Relativisme provocateur qui laisse songeur une tel mépris pour la vie sur l’île-contient, alors que ce roi propose une société détaché de tout besoin matériel et charnel, de quoi faire pâlir un moineau, tout grand qu’il soit. Il n’y donc pas opposition entre rationalité et croyance mais bien complémentarité, raison de l’échecs de ces religions aveuglées par un absolutisme aveugle à toute nuance et allergique à toute critique.

Passons au final à notre charmante reine des Dragons (Je ne pouvais plus d’attendre…).

Elle lutte contre l’esclavage et pour la liberté avec un certain succès. Elle ambitionne de clore l’ère des rois cruels et sans scrupules en accédant au trône de Port-Réal. Son pouvoir et ses dragons sont des vecteurs de persuasions plutôt efficaces. Les conseillers défilent et lui servent de balancier en retirant du bois lorsqu’il est nécessaire. Ils lui rappellent instamment qu’un changement de cycle s’effectue avec tous et surtout par des moyens différents de ceux d’autrefois, annonciateur de temps nouveaux.

La liaison avec son neveu contre une allégeance et un dragon prélude d’une suite des plus rocambolesque… Mais au fond, Denerys est une gourde dont les chevaliers tombent amoureux. Comment? Plaît-il? Une gourde qui fait toutes ces belles choses? Contradiction allégorique d’une l’intelligence qui n’est en rien garant du bien dans ce bas monde. Denerys fait aussi preuve de sagesse, (mes lecteurs ne me suivent plus…) elle est à l’écoute, ressent les souffrances de l’autre et apprend à maîtriser son impulsivité. Mais un changement ne peut s’opérer que par des actes décisifs. Elle personnifie cette force, cette conquête mais non son gouvernement et encore moins sa continuité. Elle ne fait pas partie de cette Communauté car elle reste imprévisible, sorte de force à l’état brut libérée d’un long sommeil. Déesse de la guerre, elle est l’épée enflammée qui perce l’abcès. Mais ce n’est avec une épée que l’on construit une Maison.

Récapitulons. Nous avons notre Quatuor composé de trois arbres et de Bran, connexion entre le Réseau et les Hommes; Jon ciment d’une nouvelle alliance des peuples de Westero, Renaissance de l’Histoire antique où les Hommes étaient unis; Samwell épris d’histoire, tant érasmique qu’ambroisé redécouvrant l’emprunte de Westeros; Thyrion homme de dialogue et pèlerin malgré lui de sa tolérance d’entre les hommes et Varis Mestre spirituel (au-delà de sa rationalité) de la citadelle de l’île-continent. Faut-il encore ajouter Denerys, reine des Dragons, force à l’état brut guidée par une soif de justice déchainant tous les Hommes de l’esclavage.

Et le Roi des Marcheurs blancs? Ce lanceur de javelot hors-pair, apporte de la couleur à ce tableau pétri de justice. Il est à la fois cumulatif et opposé de nos six personnages. Je m’explique: Tout comme Bran il possède une certaine omniscience et peut, tel un virus, pénétrer le réseau opportunément. Tout come Jon, il uni les êtres de son royaume afin d’atteindre son but. Tout comme Samuel, il est instruit et faute de guérir il fait se relever les inanimés. A l’opposé de Thyrion le dialogue (parle-t-il?) n’est pas un atout, du moins ne constitue pas son mode opératoire des plus affuté. A l’opposé de Varis, il ne réceptionne pas de chuchotements éparses et s’il incarne le Meystre de Westeros, c’est également en opposition à Varis. Et Denerys? Bien qu’il ne les enfante pas, il est lui aussi un chevaucheur de dragon. Roi des dragons, certes morts, mais roi tout de même. Cumulant les couronnes, ce roi des rois concentre la force à l’état brute toute comme notre reine. A l’opposé, ses guerriers sont ses esclaves. Mais que sommes-nous une fois mort?

A l’opposé de tous ces personnages et de nous tous, l’argent et le plaisirs n’ont aucune emprise sur lui, ce qui au passage est de mauvaise augure pour la banque de Fer… Ce Roi est un concentré de science et de pouvoir, révélation de la faiblesse des Hommes et de leurs dieux en les renvoyant promptement dos à dos à leur responsabilité. Il interroge ceux qui sont prêts aux réponses, il est le miroir de nos passions et de nos décorum. Respect pour un homme, résultat d’une manipulation revancharde, attendant son heure depuis des millénaires!

Et de conclure. Si l’histoire se calque sur la période de la guerre des Deux-Roses, contemporaine du Quattrocento, elle est aussi annonciatrice du renouveau et de changements radicaux. Pour se faire elle nous fait vivre une prise de conscience suivis d’actes fondateurs dont le caractère irréversible s’intensifie; l’ultime point de non retour s’approchant; marchant vers le Sud à pas de soldat, semant confusion et interrogation.

Gageons que la dernière saison nous offrira un feu d’artifice des plus coloré sans pour autant tomber dans le kitsch et le politiquement correct. En attendant je souhaite à mes lecteurs une attente des plus imaginatives sur la fin de cette histoire avant de nous retrouver tous, en 2019, pour la dernière représentation.

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