Si l’auteur eut comme intention de tourner en dérision les oppositions politiques d’après guerre, cristallisant ainsi une guerre froide qui aura duré près d’un demi siècle, il n’en exprime pas moins, parcimonieusement, une tension entre l’opposition de forme et une transcendance des valeurs. Nos deux héros, tantôt spirituels tantôt temporels et qui au fond s’apprécient, se respectent, sont conscients des enjeux politiques s’écartant d’un principe de réalité qui d’une manière sensible et dramatique surpasse les querelles incessantes, infirmant implicitement ces tensions et leurs origines idéologiques. Des scènes marquantes unifient tant les personnages et les spectateurs que les deux chefs dirigent et initient par leur charisme et leur réalisme. L’enterrement de la vieille institutrice, ciment d’une société encore marquée par les traditions, lève le voile sur une déconcertante vérité: la transmission de la connaissance à travers les générations demeurent la première des richesse d’une communauté, tant dans son axe hiérarchique que dans sa mythologique genèse. Nous ne connaissons pas l’heure mais nous savons que la connaissance est première dans les prémisses de notre sapientalité. Le drapeau monarchique symbole d’un conservatisme historique nous rappelle que cette connaissance n’est pas le fruit d’un accord démocratique, paradoxe sociopolitiques des sociétés politiquement libres. Justement, l’homme devient libre et conscient de ses devoirs entre autres par cette connaissance et grâce à cette perche tendue, il peut se hisser et convenir d’une architecture démocratique lui offrant des devoirs, une sécurité ainsi qu’un libre choix de ses actes et de leurs conséquences.

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Tout commence avec légèreté. Cette flûte nous caressant les oreilles ironise le paradoxe d’une cène crasse à laquelle est convié le spectateur. La surprise en sera d’autant plus grande. La vérité est scandale et c’est sans ambages que sons et images nous narguent d’un excès de tout mais qui, sous le jouc d’une loi impie, se fait au détriment de l’autre. Critique d’une aliénation de l’homme, ce repas final nous tend un miroir qui n’existe pas: celui nous montrant la raie du vrai côté. En somme, cette œuvre est d’une manière subjective le croquis autobiographique du voyeur, spectateur qui ne perd décidément rien pour attendre. Alors accepte qui peut cette bifle d’avant-garde, réitération très alambiquée de la joue droite tendue…

Ce film est aussi un avertissement qui réveille des chants des sirènes qui nous auront vite endormi sur ce bateau aux milles et une nuits, trente ans seulement après des dizains de millions de morts, en nous en servant quatre de plus au palmarès; comptabilité de bas de page manifestant une inutilité rageante.

Le spectateur s’en sort groggy mais vivant. Puis il retrouve peu à peu sa vie quotidienne morne et insipide, loin des excès et trituré par cette question, pourquoi? Pourquoi tant de haine? Non assurément, pourquoi un tel suicide collectif de gens biens à qui la vie paraissait tant sourire. Le conditionnel tracasse puisque le spectateur, ô victime d’un monde injuste, ne possède pas le tantième de ces bourgeois décadents. Est-ce là le destin qu’attend notre voyeur, vicieux, caché derrière tant de concessions d’une fatigue accumulée d’une vie votive d’un artefact, celui d’une ascension sociale dont nous rêvons tous? Ces questions nous hantent. Une mise à jour du formatage est donc nécessaire, ce qui prend du temps et absorbe une énergie quantique, tel un chant glorieux maintes fois rêvé mais si piégeur. La brutalité est d’autant plus marquante qu’elle ne verse pas de sang, mort invisible et désarmée, elle nous désarme à sont tour. Nous avons tous faim et soif de liberté, mais de quoi s’agit-il vraiment? Voilà une réponse qui nous met en garde sur une trajectoire sans fin qui mène à la mort par les odeurs et dans la vase. Au fond, d’aucun n’aurait pensé qu’un traité scatologique eût si bien raconté une telle mise en garde. Dont acte.

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Au-delà d’une recette mondialisée, d’une technologie au service d’une virtuosité cinématographique et d’un casting de rêve faisant vibrer cœurs et âmes pour faire suite au cheminement languissant d’une caravane anonyme, une lecture sociologique s’impose, pour une remise en bonne et due place de toutes ces émotions. L’histoire de cette femme en devenir, somme toute touchante, est celle d’une demoiselle appartenant à une classe dirigeante imperméable à toute ascension d’outre classe. Et comme son cœur la poussait à l’inacceptable de rejoindre dans un superlatif feint les eaux glaciales du grand Nord, ce sont les événements et sa jeune personne qui régleront cette affaire promptement.

Mademoiselle souffre d’un mariage arrangé pour des raisons bassement pécuniaires dictées par sa mère, qui il est vrai, manque de psychologie… Notre histoire commence avec la victime d’un monde cruel; nous sommes en 1912 et le vaisseau vogue vers les Etats-Unis. Afin de rester pure de toute souillure, notre héroïne se doit de partir, mais ô miracle un artiste, peintre en bâtiment à ses heures pleines, passait par là, homme inspiré qui par fortune gagna les clef d’un paradis mais dont le destin décidemment en sa défaveur le fera chavirer.

L’histoire est d’une infinie platitude qui relierait les extrémités de notre Univers. Mais là n’est pas notre propos, c’était une introduction.

C’est dans les catacombes que notre héroïne découvre la vraie vie, comme si en passant, pauvreté et simplicité étaient gages d’authenticité. Mais au diable les principes, l’histoire nous guide: elle doit apprendre et tout ce nouveau monde qui pointe à l’horizon, ces ressources humaines dirions nous aujourd’hui, lui sont présentées pour compléter la formation de notre jeune apprentie. En retour, notre héroïne ne manque pas d’introduire notre bad boy, à qui il ne manque que l’accent italien, à cet oasis festif où l’acte rebelle est de manger avec les doigts sujet dont le pauvre ne saurait s’affranchir. J’ai par ailleurs attendu avec fébrilité ce moment intense où dames du monde, par tradition, après avoir contemplé leur chevaliers, couraient trépidantes et gauchement sur le gazon labouré des chevaux pour remettre à leur place ces mottes éjectées, qui dévêtaient ainsi la terre de sa féminité de toute part, vivant ainsi en leur sein une jouissance à vouloir cacher ce terrain-là dont elles ne pouvaient concurrencer. Mais ce bateau n’était assurément pas assez grand…

L’entrée en scène du vilain, à qui était promise la jeune agnèle, nous promet un beau combat de coqs, sublime plaisirs voyeuriste des arènes cinématographiques. La tension monte et notre jeune femme choisi son camp, celui de l’amour. Notre peintre en prend de l’assurance et c’est lors d’une nuit étoilée qu’il manifeste ostensiblement cet envie de couronne au grand bonheur de sa jeune maîtresse qui forcément s’y voit reine. La suite nous la connaissons tous. Le bateau, l’iceberg et les sacrifices humains.

Un saut dans le temps et nous nous retrouvons subitement en loge privée, faite d’une maigre planche flottante, malencontreusement trop petite pour deux personnes, sorte de projection sociologique en situation extrême, sauvant ainsi la jeune oie d’un gavage glacé. Le damoiseau, c’est entendu, cède sa place. Son couronnement aura été éphémère. Et c’est à cet instant que le conditionnel émerge comme une histoire parallèle, déraillant le train d’un drame connu d’avance, non celui du bateau mais de nos deux tourtereaux. Pourquoi ce maigre copeau alors qu’un débris à taille plus humaine auraient pu sauver notre couple royal d’une mort certaine? Caprices d’un bateau dont la sélection naturelle n’a cure des sentiments, le destin s’obstina. Imaginez donc, un gueux illettré et une fille du monde dans les jupes d’une mère comptable. La suite lénifiante d’une histoire qui aurait conduit au divorce et à la ruine… L’ultime sacrifice social se fera dans le cynisme le plus pervers par le chantage émotionnel, sublimation d’un épisode tragique qui se transformera en quête onirique d’une femme, à qui la ressource humaine lui servira de strapontin pour une longue vie, sauvant au passage, non pas une amourette juvénile, mais une classe dirigeante qui puise sans retenu dans la dépouille des fangeux pour se nourrir d’une vitalité presque éternelle. Car notre jeunette devenu femme a vécu fort longtemps et l’argent, fruit d’une grossesse platonicienne et sacrificielle, ne lui fit point défaut. Madame a réussi, tant mieux pour elle.

La tromperie est le ferment de ce drame où la valeur marchande se propage à la race humaine comme depuis la nuit des temps. Alors que nous luttons contre cet ignominie, l’image et le sons nous distraient sans scrupule vers une fatalité qui se veut millénariste. Nous croyions le sacrifice humain désuet, appartenant à un passé sombre et décadent, et le voilà qui refait surface dans une lutte de classe veine et illégitime!

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Aucune de ces trois œuvres n’est pionnières dans son registre, mais elles contrastent quant à leur valeur, leurs idées et leurs médiatisation. Elles se suivent dans le temps marquant leur époque dessinant ainsi la trajectoire d’une société qui bouge, évolue et dont certaines valeurs si durement acquises sont implicitement mais efficacement minées.

Le premier montre au grand jour tant le mensonge que la vérité, les défaillances des uns et des autres, qui dans un rapport conflictuel donne cette impression de déjà-vu, à savoir la nôtre. L’idée de point de vue est condensée dans ces histoires picaresques faites de joutes verbales et d’aventures avec un deuxième degrés qui stimule l’imaginaire, où cette guerre entre clochers cultive le ferment de ces Actes dont la somme pourrait se résumer en tribulations d’après-guerre. Le paradoxe feint est cette cohabitation entre ce que l’œuvre montre et résonne littéralement et l’imaginaire que le spectateur peut y cultiver; les deux en fait se complètent. Point de concurrence et partant accord entre forme et fond. Le scénario jouant cartes sur table le spectateur n’est pas dupé et peut se faisant en tirer le fruit qu’il désir.

Par son avertissement, mais fidèle sur le fond, le “second” 1 garde cette forme triviale en la poussant à l’extrême comme ces passages bibliques qui outrepassent notre entendement. Traduits directement de la source, quitte à en inverser l’écriture, nous assistons à une descente aux enfer lyrique et moribonde trahissant les espoirs de tous, rejetons orphelins de cette société sophiste et vulgaire. Son caractère extrême révèle non seulement une pratique ancestrale qui appartenait à ceux d’en haut mais aussi une nouvelle normalité, coupée du passée, qui s’impose et oint le peuple de son parfum suffoquant.

Notre troisième larron quant à lui ne se prive d’aucun scrupule; il narre subconsciemment le défilé historique d’une classe qui vit au travers des âges détachée des affres si ce n’est celles de perdre ce qu’elle possède. Le sophisme en est la règle et la dissimulation son médium. Ce parfum aristocrate encense ces fruits étranges et bleuâtres que l’on voit suspendus ça et là 2, nous dissuadant de toute révolte. Ils parcourent le monde où le soleil ne cesse de se lever 3, enivrant corps et âmes, par ces lanternes qui nous pressent dans les coins les plus reculés, pour y rester à jamais.

Alors levons-nous et sortons! 4

Jean-Marc, 3 avril 2017

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1 Hommage à Louis Segond et à son œuvre

2 Hommage par assonance à Abel Meeropol, auteur du poème “Strange Fruit” interprété notamment par Billie Holiday

3 Réf par assonance à “House of the Rising Sun, origine incertaine

4 Donc Camillo, La Grande Bouffe, Titanic