
La Jetset occidentale se réunira bientôt sur les côtes lémaniques pour fêter son triomphe et celui de son maître. Ce G7 concerne moins d’un terrien sur 8 dirigés par des chefs d’Etats qui, peut-être, rêvassent encore sous l’emprise d’amphétamines d’une suprématie mondiale, voire cosmique, alors que le glas de la servitude sonne à leur porte, donc à la nôtre, nous autres pauvres pêcheurs. En fait, il s‘agit d’une double servitude : de l’intérieure du G7, celle vis-à-vis du guide suprême, président des Etats-Unis, et de l’extérieur, celle des 7 autres milliards d’individus qui—bon an mal an, vivotant çà et là—nous survivront peut-être dans ce XXIe siècle qui s’annonce des plus tumultueux.
A l’aube de cet événement, dans ce foisonnement informationnel et médiatique où images et contes se heurtent en baignant les consommateurs dans une psycho-moque huileuse et odorante, mon imagination sans vergogne m’inspire un souvenir sulfureux, celui d’une scène jouée par deux grands acteurs dans un film culte intitulé : « Tenue de soirée ». A priori sans rapport, et pourtant…
Imaginons ensemble cette scène, où Michel Blanc et Gérard Depardieu se regardent, l’un debout torse nu dominant, éloquent, grand tarzan tatoué, et l’autre dominé, caché sous la couette sous le charme de ce transformateur. Imaginons que notre mâle à la longue chevelure soit le président des Etats-Unis tenant un discours à la fois politique et pénétrant, et de l’autre, en face, auréolé de cette soumission insipide et volage, un mâle dominé qui représente nos 6 gladiateurs en herbe, écoutant benoîtement, non sans une certaine admiration, le discours présidentiel. Je cite un court extrait de la 59ème à la 72ème seconde de cette scène, où Gérard s’adresse à Michel :
« (…) je vais t’enc…, je vais t’enc… et tu jouiras, ton fion il en pourra plus d’extase. Ça ne sera pas la peine d’appeler « au secours » ; en liberté il n’y a pas de gardien, personne ne vient. »
Ce n’est pas une eau ferrugineuse qui consolera nos chefs d’Etats, « for sure »…
Bredouilles, nos héros rentreront chez eux, donc chez nous, la queue entre les jambes, donc entre les nôtres, et chemin faisant, nous concocteront une histoire fantasmatique d’une relation transatlantique demi-millénaire et pleine d’espoir. Aussi fantasmatique que l’essence même de ce club, puisqu’il est censé être formé par les 7 pays les plus riches du monde. Ah bon ? Chine, Russie et Inde sont moins riches ? Qui l’eut cru ! Et pourtant le monde a changé depuis 1975 ; mais grâce à une comptabilité créative bien rôdée, la magie du Produit Intérieur Brut et autres ingrédients comptables, le G7 s’autoalimente, croyant ainsi engendrer un rêve perpétuel. Situation des plus schizophrène cela va sans dire…
Au-delà de cette moquerie, votre humble serviteur aurait peut-être basté de la même manière que nos 6 nains, ce qui, sans réduction ad personam, en dit long sur la race humaine… Et vous chers lecteurs, que feriez-vous à leur place ?
Nous passons maintenant aux opposants, le comité NO G7. Oui, souvenez-vous de cet élan contestataire qui en 2003 avait défilé et dont certains participants très inspirés avaient détruit les vitrines de commerces bordant les rues, voies de la contestation, faisant preuve d’un héroïsme légendaire, sorte de fleuve dont les larmes justifiaient violences contre toute personne censée représenter l’Autre, l’Etranger à la Camus. Incroyable chez l’Être humain cette propension à s’autodéterminer « victime » et, sans avocat ni juge, s’autoriser à punir tout autrui qui se tiendrait sur le passage imaginaire d’une Justice absolue, celle de ses frustrations et du plaisir à regarder l’autre s’effondrer dans la souffrance.
Pour rappel, l’impact de ce navet politique de 2003 avait été sans lendemain, car comme chacun sait, la situation géopolitique ne s’est pas améliorée depuis et le G7 court toujours… Serait-ce raisonnable de remettre en question le mode de contestation ?
Ces incorruptibles autoproclamés multiplient les références historico-théologiques comme des pains à l’aide d’une taxonomie florissante : empire, fascisme, masculinisme, capitalisme et autres « vafancullismes »… termes omniprésents dans leur proclamation.
Ce comité « internationaliste » nous enrichit le vocabulaire, nous permettant ainsi, peut-être, de briller en société lors de soirées insipides où oisiveté résonne avec rente viagère dès la puberté. Cette classe sacerdotale d’un nouveau genre promet aux fidèles le paradis sur Terre par l’élimination de l’Injustice. Au fond, ce qui est intéressant dans une proclamation, c’est l’absence de certains mots, fruit d’une exclusivité implicite mais performante de ces mouvements de la gauche réactionnaire. Où sont passés les mots dénonciateurs comme antisémitisme, anticléricalisme, communisme, maoïsme ? Cortèges fantômes de millions de morts… Certes on ne peut utiliser tout le vocable idéologique, cela deviendrait en effet illisible, diluant le message ; mais force est de constater que certains maux sont absents du jardin secret de cet Eden terrestre.
Le moment est maintenant venu de passer à la conclusion.
A l’aube de cette nouvelle conférence au sommet du 15 au 17 juin, le jeu du pouvoir nous rappelle que la politique est aussi l’art de se coucher et opportunément de se redresser. Le menu sera accompagné d’une remontrance populiste du 13 au 17 juin dont le tocsin sonnera tous les jours à 16 heures battante, car comme chacun sait, le matin est un moment de repos.
Lâcheté des chefs d’Etat ? Hypocrisie des contestataires ? Quand Dieu demande à Adam s’il a mangé du fruit interdit, Adam pointe Eve, qui à son tour pointe le serpent, qui n’ayant point de doigt assez long se contenta de pointer le silence en attendant la sentence. Cela en dit effectivement beaucoup sur la nature humaine sans écailles.
Espérons que les destructions et les victimes de ce remue-ménage idéologique seront mineures, voire inexistantes ; espérons que nos Michels trouveront le moyen de manœuvrer, voire de circonvenir ce Gérard tumultueux ; et ce dans l’intérêt des populations qu’ils sont censés représenter et, incroyable mais vrai, de défendre leurs intérêts.
D’ici-là je vous souhaite, ô lectrices et lecteurs, un excellent spectacle.
A bientôt
Liens :
- Lien : https://www.youtube.com/watch?v=ZmcRyWOBz_s
- NOG7 Genève : https://nog7ge.noblogs.org/
- Sommet du G7 de 2026 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sommet_du_G7_de_2026