Laisser glisser cette nouvelle voie le long de la ceinture qui, sortant du tunnel, nous offre cette jouissance tant recherchée, ce souffle de vie, cet appel d’air qui nous aspire, nous, conducteurs, acteurs de cette circulation, un concept fluide par excellence sans pour autant être haut en couleur.

Digression qui n’en est pas une : Mais qui du patron ou de l’ouvrier accepterait de saisir un outil par la lame, ou de l’user à moitié ? Si tous luttent dans l’adversité pour leur droit et leur salaire, tous s’accordent sur un fait : utiliser un outil dans sa pleine efficacité est l’expression même du bon sens économique.

C’est ainsi que les transports publics sont matérialisés et exploités. Ce n’est pas l’image de ce conducteur chevronné conduisant bus, train et tramway sans passager à la vitesse du son ; bien au contraire, tout est pensé pour l’occupation optimale de ces sols roulant. Tout ? Disons-le franchement, il y a un irrésistible besoin qui est en nous, ce chez soi sacré, qui nous pousse à conduire une voiture ou, pour certains modèles, un ordinateur sur roues. Et cet espace à soi est l’ultimo du territoire où l’on peut chanter, émettre sons et gaz ainsi que paroles insensées sans devoir rendre compte à qui que ce soit. Si le château aux innombrables pièces appartient à une infime minorité, et que le reste des habitations est le reflet d’une stricte comptabilité entre salaire de son occupant et nombre de pièces, la voiture viole, du moins en valeur nominale, ce même ratio : en effet un conducteur esseulé peut occuper la capacité de 4 voire 5 personnes, de loin pas l’apanage de l’immense majorité des habitants de notre pays.

Il ne s’agit en rien de produire de la doctrine en portant un jugement moral sur notre nature expression de cette incessante bigoterie contemporaine ; mais bien de poser le problème différemment. C’est en effet la cause de tant de frictions entre « pro » et « opposants », que d’avoir proposé une solution certes légitime mais isolée dans sa résolution. Nous sommes devant trois larrons : l’alternative de la voiture, cheval blanc du soi en mouvement et du transport public certes bien moins glamour mais si efficace, le chemin parcouru laissant une trace indélébile de notre fébrilité, et la cité comme lieu de labeur, de débauche et d’accueil de tout ce trafic, qui doit ingérer ce flux continu. Vouloir régler une situation, un environnement, isolément du reste, autrement dit ignorer le « système », c’est non seulement faire chou blanc mais qui plus est, générer de l’incompréhension parmi les utilisateurs chevronnés de cet espace non muséal.

De cette équation à trois variables nous pouvons en tirer l’enseignement suivant : bien que complexe, il est possible de coordonner le tout pour optimiser l’alternative avec ses deux comparses, le chemin et l’accueil. Bien entendu de telles transformations et de tels travaux exigent une entente entre les différentes parties prenantes, circulation, accueil et alternative, et une bonne compréhension de la population qui, au passage, non seulement utilisera les infrastructures mais surtout les financera. Les lois physique et l’expérience de la vie nous disent qu’il pleuvra, mais personnes au monde ne nous donne le jour…

La péréquation financière qui demande des concessions nous tend également le piège de l’égalité, puisque la Cité, par son attrait et sa force socio-économique, concentre la richesse, et que développer son affluence aura comme conséquence de magnifier cette même concentration au détriment de l’autre.

Mais reprenons notre objet de votation. Car en effet, s’il se limite aux voies routières, c’est que ce même objet est de la compétence fédérale, donc limité à ces mêmes voies. Nous entrevoyons ici une autre porte qui est celle de l’espace et de la profondeur juridique. Voter pour un objet dont la portée couvrirait les trois variables, alternative, routière et citadine, signifierait une portée juridique à dimension verticale, à savoir : fédérale, cantonale voire communale, où ces deux dernières sont les héritières historiques de nos infrastructures, une Histoire qui nous conte la chronologie des événements, telle une succession d’empilements géologiques matériel et juridique des choses créées dans le passé.

Nous voilà donc, nous Souverain, devant un problème certes complexe, mais pas insoluble, où nous avons l’opportunité d’améliorer les conditions de vie des entreprises et des particuliers. Nous pourrions adopter une proposition à multiple niveaux, principalement fédérale et cantonale, qui permettrait d’accorder les violons de nos orchestres institutionnels. Nous aurions comme préposition une alternative effective voiture et transport public, puis comme développement la voie routière et la capacité urbaine à fluidifier le trafic en conséquence et en conclusion, une amélioration du cadre de vie du Souverain, bouclant ainsi le cercle vertueux de notre démocratique directe.

Mais gageons que le résultat du 24 novembre 2024 ne cicatrisera point, gardant béantes ces blessures résultant non point d’un outil tranchant mais d’un principe universel, admiré par les uns, honnis par les autres, celui de la réalité.

Jean-Marc Pauli, 16.11.2024