L’écart se creuse, les richesses se concentrent et les ultras se barricadent. Un pan de la globalisation polymorphe de plus en plus contestée s’installe néanmoins dans toutes les industries de biens et services. Les banques ont un acronyme pour désigner ce segment clientèle: UHNWI, ultra-high networth individuals. Ils sont courtisés, choyés de tous les caprices et des rabais possibles et en compensation, ils peuvent apporter de véritables fortunes. Des dizaines, des centaines de millions, voire un ou deux milliards… Seulement voilà, ils ont eux aussi développé leur Etat-Major flanqués de spécialistes en tout genre, avec souvent des ex banquiers qui connaissent le système comme leur poche. La banque doit alors s’aligner, plaire ou sinon partir dans le désert du renoncement. Elle doit non seulement offrir un super et coûteux service mais de plus baisser le prix de ses prestations.

Or cette population s’accroît somme tout faiblement en nombre mais sensiblement en valeur fiduciaire, et ce au détriment de la classe moyenne dans toute sa verticalité: mécanisme des vases communiquant, les banques voient leur base de clientèle, certes bien moins fortunée mais ô combien plus stable et en un mot plus rentable, s’effriter lentement mais surement. Cette dernière est transférée aux centrales, aboutissement d’une chute sociale inéluctable… A cela il faut ajouter les caprices démographiques qui font que les baby-boomers jouissant de leur retraite, sont plus d’humeur à la dépense qu’à la thésaurisation… Il peut donc paraître paradoxal pour un système qui gère la liquidité des riches de ce monde de voir sa base sociologique diminuer, mais force est de constater que la banque n’y a en fait aucun intérêt. Mieux vaut cent clients à un million, qu’un seul à cent millions; car à même revenus nets (le deuxième engendrant des revenus pu élevés et des frais plus importants), le risque s’en trouve dilué et le potentiel développé, tout cela sur cent. Mais ne choisi pas qui veut et nos banques prennent ce qu’il reste à prendre.

Il est tout de même remarquable de constater que même le système bancaire a intérêt à une démographie plus équilibrée, mieux distribuée en terne de richesse que ce qui se trame depuis quelques décennies. Et ce qui est en mouvement ne peut être arrêté, l’horloge systémique tournant inlassablement.

Le deuxième défi est des plus invisibles et incertains, car son risque, s’il se réalise, pourrait avoir des conséquences tragiques pour cette industrie. Je veux parler du besoin de reconnaissance, celui du client cela va sans dire… un rappel à l’ordre pyramidale de Maslow que l’on croyait acquis.

Traditionnellement, l’ascension sociale, la réussite économique se matérialise par de l’argent et le banquier personnifie cette réception sociale en se tenant au service de son client nouvellement riche. Pour ce faire ce dernier doit avoir confiance, chose devenue toute relative au vue de la masse de conditions contractuelles qu’il doit signer et des mesures prises par les gouvernements. Mais au-delà de cet aspect éminemment administratif le rôle sociale que joue le banquier reste l’élément vivant, le répondant, celui qui est à l’écoute. Bref une cible anthropologique de choix pour la reconnaissance sociale et du milieu auquel le client appartient. Fort bien, mais pour combien de temps encore. L’uniforme bancaire tout comme les autres a perdu de sa prestance, de son autorité… Alors imaginez donc des gens dont l’indifférence à l’égard de cette banque est l’unique sentiment et cherchant à investir leur pécule. Cela peut paraître complètement absurde. Mal habillé ou bien vêtu tout est affaire de mode, le temps fini par donner raison. En revanche être invisible est affaire de disparition, comme marcher dans une foule ou dans un groupe qui ne vous remarque pas, ultime punition sociologique.

Nous vivons tous les nouvelles technologies avec enthousiasme, mais nous oublions que celles-ci sont devenus un point de non-retour. Or bientôt non seulement elles mettront à disposition tout ou presque de la gamme des prestations offertes par ces institutions auparavant prestigieuses, mais elles se substitueront à celles-ci comme point de rencontre et d’émulation, rendant l’institution inaudible. Si nous avons tous besoin de reconnaissance, le vecteur est en revanche déclinable à souhait au gré des évolutions et des sociologies. Et il n’y a aucune loi qui stipule que ce besoin doit passer par le chemin de la banque, loin s’en faut.

Ce deuxième défi est donc des plus aléatoire mais des plus inéluctable en cas de réalisation. Nous n’imaginons pas (du moins nous ne voudrions pas) un retour au années antérieures à la physique quantique dont l’élément économique déclencheur fut le transistor dans les années 50. Depuis 70 ans ont passé, et les progrès fulgurants ont été marqué par un tempo exponentiel. Mais au-delà de cette technologie, l’Homo Sapiens demeure dans ses besoins élémentaires, paradoxe animal, où la reconnaissance de ses pairs, de ses parents et des ses rejetons sont un des piliers de notre vie à tous, à la fois conflictuel, culpabilisant et aussi moteur d’une vie meilleur et équilibrée. Alors la banque dans tout cela…

Jean-Marc, 4 avril 2017